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En République Démon-cratique du Congo, le ridicule ne tue pas

Même à l’époque où le Congo s’appelait Zaïre, le Maréchal Mobutu n’avait pas autant floué les congolais et le monde. Aujourd’hui, en préparation des échéances électorales du 23 décembre 2018, le Raïs Joseph Kabila semble avoir demandé, en Lingala, à Mende, Mova, Naanga, Atundu, Atama et Makila “Bobwaka lokuta” (jetez-leur la poudre aux yeux). « Nous sommes fin prêts » disent-ils. « Les nouveaux avions sont là pour assurer le transport de tout le matériel électoral dans les zones les plus reculées du territoire congolais. » Mais ces « nouveaux avions », que le régime Kabila a autofinancé au prix « de grands sacrifices », peuvent-ils réellement voler, considérant que ces appareils ont été récupérés des cimetières d’avions?

Il y a lieu de craindre, comme nous l’avons fait remarquer dans notre article précédent (Crise en RDC: instrumentalisation des institutions publiques pour maintenir le pouvoir) [1], que ces élections ne soient pas crédibles, qu’elles soient entachées de fraudes massives et qu’elles conduisent à de violentes contestations. Tout pointe vers une mascarade devant aboutir à un résultat connu à l‘avance : l’élection du candidat de FCC pour assurer la continuité du régime Kabila.

Le constat des experts électoraux congolais confirme notre inquiétude. D’après RFI [2]:

“Le processus électoral en RDC est entaché de controverses liées, notamment, à l’identification et à l’enrôlement dont des doublons ont réduit sensiblement le nombre d’électeurs dans d’autres circonscriptions électorales. L’on note autant d’électeurs sans empreintes digitales. La question n’a pas été éclairée comme elle se devait pour que toutes les parties prenantes s’accordent finalement sur le fichier électoral.

Une autre question et très délicate, c’est celle de l’usage de la machine à voter. Une situation préoccupante. La polémique s’enlise. Cette controverse pourrait être l’échec des élections prévues le 23 décembre 2018 surtout que dans le calendrier du processus électoral publié par la Commission électorale nationale indépendante (Céni), il est mentionné que du 20 septembre au 6 octobre 2018, soit 17 jours, est la période des préparatifs techniques de l’impression des bulletins de vote, des procès-verbaux et des fiches des résultats. C’est-à-dire, nettoyage et consolidation de la base des données des candidats. Et, du 16 novembre au 5 décembre 2018, soit 20 jours, sera la période de déploiement des bulletins de vote, procès-verbaux et fiches des résultats vers les sites de formation, etc.

« Ces élections ne seront pas crédibles » [3], tranchent d’emblée les auteurs de ce rapport. Ils dénoncent entre autres, l’« inféodation » de la Commission électorale au pouvoir, des « tripatouillages du cadre juridique » de ces élections avec, par exemple, une répartition des sièges qui s’est faite avant l’audit du fichier électoral et alors que cet audit a révélé un nombre « important d’électeurs » « mal identifiés ».

Viennent ensuite des questions de logistique : la « controverse sur la légalité » de la machine à voter, les doutes persistants sur capacité de la Commission électorale à déployer cette machine dans les temps, ou encore le recours à l’armée congolaise acheminer le matériel. [4] Armée peut-on lire dans le rapport « dont la neutralité politique est généralement remise en cause », ce qui n’est pas de nature « atténuer les suspicions d’une fraude électorale planifiée ».

Mais ce n’est pas tout : les auteurs du rapport s’inquiètent aussi de retard dans le financement de ces élections « toujours pas garanti à ce stade ». Sans oublier, la dégradation du contexte sécuritaire, en particulier à Beni dans l’est du pays où sévit également une épidémie d’Ebola, ce qui risque « d’empêcher » de nombreux électeurs d’exercer leur droit de vote. Ils déplorent aussi les « violations » répétées du droit de manifester à l’approche du scrutin, et enfin le manque de neutralité des organise judiciaires qui seront chargés d’examiner les contentieux et autres recours liés aux élections.”

 

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[1] Crise en RDC: instrumentalisation des institutions publiques pour maintenir le pouvoir, http://drc-crossroads.org.za/crise-en-rdc-instrumentalisation-des-institutions-publiques-pour-maintenir-le-pouvoir/  

[2] Revue de Presse Afrique, US, A la Une: des craintes sur la bonne tenue de la présidentielle en RDC, http://www.rfi.fr/emission/20181203-une-craintes-bonne-tenue-presidentielle-rdc

[3] A la Une: des craintes sur la bonne tenue de la présidentielle en RDC, http://www.rfi.fr/emission/20181203-une-craintes-bonne-tenue-presidentielle-rdc

[4] RDC: incertitudes sur les préparatifs des élections du 23 décembre, http://www.rfi.fr/afrique/20181201-rdc-etape-incertitudes-preparations-ceni-elections-23-decembre