La RDC pourrait, une fois de plus, plonger dans une autre tragédie nationale si la situation politique actuelle n’est pas désamorcée – Pourquoi l’Afrique du Sud devrait-elle faire partie de la solution

L’histoire de la République Démocratique du Congo (RDC) se caractérise par des cycles récurrents d’exploitations de ses ressources naturelles et humaines associés aux tragédies. Le peuple congolais soumis aux travaux forcés, privé de sa liberté et de ses droits humains les plus fondamentaux s’est toujours insurgé par des rebellions et des résistances, qui ont trop souvent été cruellement réprimées dans le sang, sous tous les régimes qui se sont succédés en RDC, depuis 1885. Les Congolais ont, en effet, souffert consécutivement pendant environ 115 ans : 23 ans sous la domination absolue et brutale du roi Léopold II de Belgique (1885-1908), 52 ans de colonisation belge (1908-1960), 5 ans de guerres postindépendances (1960-1965), 32 ans sous le régime tyrannique et dictatoriale de Mobutu (1965-1997), et 4 ans sous la dictature de Laurent Kabila (1997-2001). Pendant les 15 dernières années (depuis 2001), les violences et les meurtres se poursuivent sans relâche dans les régions orientales de la RDC sous le règne de Joseph Kabila. Les causes de ce cycle de tragédies sont à rechercher, comme Nyambura Githaiga l’a fait remarquer à juste titre, dans «l’effet cumulatif des injustices historiques, la répartition des ressources nationales antérieure à l’indépendance, les conflits prolongés ancrés dans l’avidité et les griefs, la prolifération des acteurs du conflit dans les régions les plus vulnérables de l’est et l’effet dévastateur de toutes ces troubles sur la population locale».

La RDC a définitivement besoin d’un changement ; il est temps qu’une histoire parsemée de tant de malheurs prenne fin pour que le développement, sous toutes ses formes, prenne racine. Il est évident qu’il ne puisse y avoir de croissance économique, de prospérité et de développement sans qu’il y ait la paix et la stabilité en RDC. Étant une jeune démocratie fragile, le changement ne peut se produire que si les organes de l’État, qui sont censés respecter les principes de la démocratie constitutionnelle, sont renforcés et que Joseph Kabila, en tant que président de la RDC, s’identifie à la clé de ce changement.

La situation volatile actuelle de la RDC ne peut pas être résolue par un four à micro-ondes. Il lui faut une configuration transitoire appropriée pour lui permettre de s’inscrire dans une trajectoire démocratique plus durable qui garantit la paix et la tranquillité similaires à celles dont jouissent aujourd’hui l’Afrique du Sud, la Namibie et la Zambie.

C’est pour cette raison que les casques bleus et les médiateurs internationaux continuent encore à jouer un rôle prépondérant en RDC, pour renforcer la démocratie constitutionnelle et garantir la paix et la stabilité dans ce pays déchiré par la guerre. L’Afrique du Sud en particulier, a joué un rôle prépondérant en déployant des efforts diplomatiques et militaires en RDC. Les organismes régionaux et internationaux tels que l’Union africaine, les Nations Unies et la SADC contribuent également à la concrétisation de ce changement.

La nature des problèmes de la RDC

Au-delà des insuffisances de compétences en politique et en gestion, qui naguère caractérisaient les communautés autochtones pour gouverner effectivement le pays, les grands défis auxquels le Congo a été confronté à l’indépendance, en 1960 et après, étaient certes sa dotation en vastes ressources naturelles ainsi que sa diversité physique et ethnique. D’autres problèmes sont provenus du fait de sa taille et de l’absence de toute impulsion politique de la part de la puissance coloniale ou de politiciens autochtones à s’élever au-dessus des intérêts égoïstes et surmonter les forces centripètes qui avaient le potentiel de déchirer le pays. Géographiquement, son emplacement stratégique ainsi que les implications de la guerre froide en Afrique militaient contre toute possibilité d’avenir pacifique dans le pays.

Les problèmes du Congo ont également été aggravés par l’ingérence étrangère dans les affaires d’un pays africain désormais indépendant et souverain qui le contraignait à mieux servir les intérêts hégémoniques de pays occidentaux. L’ascension de l’un des dictateurs les plus cruels et sanguinaires de l’histoire africaine, Mobutu Sese Seko, fut le résultat direct de ces interventions occidentales. Thierry Michel représente Mobutu comme «le roi africain suprême … un des plus anciens dictateurs, les plus tenaces qui sont arrivés au pouvoir à la suite de la guerre froide et de la décolonisation. En Novembre 1965, avec l’aide de la CIA, Mobutu perpétra un coup d’État et prit le pouvoir dans l’ex-Congo belge, en rebaptisant le pays «Zaïre» et en imposant à son peuple une paix fondée sur la peur, la violence et la répression. En moins de 25 ans, ce jeune sergent de l’armée coloniale devint l’un des hommes les plus riches et les plus redoutés dans le monde. Il s’associa à l’Occident et construisit une pyramide de pouvoir autocratique et prédateur, maintenu en place par l’argent. Il distribua des faveurs et des opprobres, et fut le maître absolu des ruines d’un pays ravagé par la corruption. »

Au cours de ses 32 années de dictature, Mobutu a également ruiné systématiquement les impressionnantes infrastructures économiques et sociales (routes, pistes, chemins de fer, les usines, les plantations, les écoles, les hôpitaux, les centres de loisirs) qui avaient été laissées par le roi Léopold II et le Congo belge.

Rongé par la maladie, Mobutu a été renversé en 1997 par Laurent Kabila qui s’est aussitôt autoproclamé président. Comme son prédécesseur, Laurent Kabila a abrogé la constitution et dissout le parlement, le gouvernement et la commission électorale ; il s’est mis à contrôler toutes les mines ainsi que les recettes de l’État au même moment où il mettait en place des « Comités du Pouvoir Populaire (CPP) » dont personne ne savait exactement ce qu’ils représentaient. Ces actions ont, en fin de compte, fait de Laurent Kabila un nouveau dictateur et, inévitablement, elles ont déclenché une rébellion massive qui a plongé le pays dans ce qui est souvent appelé «la Première Guerre Mondiale d’Afrique », en 1998. Le Rwanda et l’Ouganda, les mêmes pays qui ont porté Laurent Kabila au pouvoir une année auparavant, ont soutenu les rebelles congolais dans l’insurrection visant à le renverser. L’insurrection a été combattue grâce à l’intervention militaire de l’Angola, la Namibie, du Tchad et du Zimbabwe. Laurent Kabila a été assassiné plus tard en 2001 et son fils Joseph Kabila, alors âgé de 29 ans, lui a succédé.

Les acquis du président Joseph Kabila

Bien que jeune et considéré comme inexpérimenté, il y avait cependant un certain nombre de points positifs qui ont donné aux congolais une lueur d’espoir sous le règne de Joseph Kabila. Il a réussi à mettre fin à la « Première Guerre mondiale d’Afrique » sur le sol congolais, en 2003. Après approximativement 36 ans de régime dictatorial et répressif, la RDC a finalement eu, en 2006, une nouvelle Constitution. Les congolais ont enfin commencé à gouter aux premiers fruits de la démocratie, tels que la liberté politique, la tolérance et le respect des droits de l’homme.

Joseph Kabila a entrepris courageusement la reconstruction et le développement de la RDC dans le cadre d’un programme de reconstruction et de développement lancé après la guerre, avec l’aide du gouvernement sud-africain, en vertu des accords bilatéraux de coopération politique, économique et technique entre la RDC et l’Afrique du Sud.

Ces réalisations sont, sans aucun doute, les acquis du Président Joseph Kabila et qui doivent être préservés pour le peuple congolais ; à moins que, Joseph Kabila lui-même ne se transforme en agent destructeur de son propre patrimoine.

Joseph Kabila est aujourd’hui à la croisée des chemins

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Le pillage actuel des ressources minérales de la RDC

Pour protéger le pays contre les dictatures futures, l’article 70 de la Constitution limite le mandat présidentiel à cinq ans, renouvelable une seule fois. A cet égard, Joseph Kabila fait face à un choix historique, qui est soit de se conformer à la constitution et à quitter le pouvoir lorsque son deuxième mandat expire le 19 Décembre 2016 ; soit de renier son serment constitutionnel et de suivre les traces de Mobutu. C’est un choix qui a des conséquences lourdes et susceptibles d’altérer le courant de l’histoire en RDC.

Le choix de se conformer à la constitution et de s’abstenir de créer intentionnellement des conditions défavorables à l’organisation des   élections présidentielles représenterait un grand changement pour une nation qui a cruellement souffert depuis 1885. Une telle démarche permettrait d’éviter une autre tragédie et ouvrirait la voie à des élections libres. Ce faisant, la démocratie serait consolidée et la sécurité et la stabilité ainsi retrouvées permettraient la relance du développement économique et social de la RDC. Au-delà de toutes ces attentes, le Président Joseph Kabila fortifierait son héritage. Il ferait aussi amende honorable pour tous les massacres et atrocités commis en 1964 par les rebelles Simba de l’Armée de libération du Congo, dont le père Laurent Kabila, en fut commandant ; sans aussi oublier les massacres des années 90 commis par les rebelles AFDL sous la direction du même père Kabila.

Au moment où il est confronté à l’opposition politique interne et à l’instabilité à l’Est du pays, si Joseph Kabila décide de suivre la voie séparatiste et violente de Mobutu Sese Seko, cette voie est plus susceptible de déclencher des violentes manifestations et le chaos à travers le pays. Par exemple, dans le cas lié à la tentative de changer la constitution en Janvier 2015, il y a eu un éclatement de violentes manifestations et de pillages des entreprises les 19, 20 et 21 Janvier 2015. Comme à l’époque de Mobutu, la police et les forces armées ont brutalement réprimé ces manifestations, provoquant des dizaines de morts et plusieurs blessés.

Certes, la voie de Mobutu ne ferait qu’aggraver la crise sécuritaire et humanitaire en RDC, en particulier à ses frontières orientales où il y a déjà des activités militaires des groupes armés étrangers et nationaux et la contrebande incontrôlable des ressources naturelles congolaises. Une telle démarche permettrait non seulement de perpétuer les tueries de civils, mais elle a aussi le potentiel de plonger tout le pays dans des violences et des guerres ainsi que des catastrophes inimaginables.

Joseph Kabila cherche à contourner les verrous fixés par la constitution

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Les nouvelles provenant de la RDC indiquent que Joseph Kabila semble avoir choisi d’emboiter le pas à Mobutu. Au-delà d’innombrables preuves de corruption, de pillage des biens de l’État et d’abus des organes de l’État, il y a des signes évidents qui mènent à la conclusion inéluctable que Kabila veut s’accrocher au pouvoir par tous les moyens. Les tactiques dilatoires, la publication d’un calendrier électoral impraticable, la diabolisation et la répression de l’opposition, l’évocation d’un éventuel référendum pour un troisième mandat présidentiel, l’appel à un dialogue inclusif et son refus d’allouer des fonds à l’organisation des élections, tous résument ses intentions.

Dans une notice nécrologique publiée dans le journal « The Guardian », quelques jours après la mort de son père en Janvier 2001, le célèbre écrivain et historien, Richard Gott, déclara que «la quête permanente [de Laurent Kabila] pour le pouvoir au Congo a été détruite par son ineptie au pays et à l’étranger. » Son inaptitude pour gérer le pays correctement et mettre fin à la guerre avec ses anciens alliés rwandais et ougandais « a eu un impact funeste sur son style de gouvernement. Profondément influencé par l’histoire tragique du Congo marquée par les interventions étrangères, Kabila renouvela ses panacées gauchistes des années soixante. Il établit un État à parti unique, il promit les élections – mais sans jamais les organiser, et il aliéna les investisseurs étrangers en refusant d’effectuer des paiements sur la dette extérieure colossale de 14 milliards de dollars américains engagés par son prédécesseur et dilapidateur [Mobutu]. Il ignora également les demandes de l’ONU pour une enquête sur le massacre des réfugiés rwandais dans l’est du Congo, en 1997. »

Concernant la quête de la paix, « des médiateurs bien intentionnés comme Nelson Mandela cherchèrent à faciliter des négociations pour mettre fin à la guerre, mais [Laurent] Kabila les ignora. Son tempérament imprévisible et sa capacité à changer de camp, le laissèrent avec une poignée d’amis au pays comme à l’étranger. En fin de compte, sa promesse de départ fut dissipée dans sa vaine tentative de conserver le Congo comme son fief personnel, autant que Mobutu l’avait fait avant lui. »

Il est raisonnable de dire que le maintien de la RDC comme un fief personnel et une affaire de famille était un rêve de Laurent Kabila que son fils Joseph poursuit avec détermination et sans relâche. Après tout, cela fait presque 20 ans maintenant que la RDC est successivement dirigée par le clan Kabila : une dynastie instantanée, bâtie sur l’exploitation des ressources minérales et dont Laurent Kabila en était le père fondateur.

À ce propos, le feu Augustin Katumba Mwanke (qui fut le bras droit et le confident de Joseph Kabila), convaincu de la victoire de son camp à l’élection présidentielle de 2011, exprime dans ses mémoires, “Ma Vérité”, publié à titre posthume en 2013, ses préoccupations sur l’avenir de la dynastie après le dernier jour du dernier mandat de Joseph Kabila, le 19 Décembre 2016 :

«Au terme du mandat qui va bientôt commencer, car tout indique que notre camp va l’emporter haut la main, des questions de fond finiront par se poser à nous.

Que devons-nous faire ? Partirons-nous sans coup férir [après le 19 Décembre 2016] ? Serons-nous suffisamment rassurés que l’œuvre [d’édification de la dynastie] entreprise sous le M’Zee [Laurent Kabila] et poursuivi avec acharnement et détermination par le Boss, Joseph Kabila, malgré les innombrables difficultés, les épreuves et les défis de tous ordres, ne s’exposera pas aux risques d’effondrement et de disparition ?

Que décidera le Boss lui-même, en toute âme et conscience ? Que ne décidera-t-il pas ? Voudra-t-il s’arrêter à la fin du second mandat [le 19 Décembre 2016] et s’adonner à organiser une vie en retraite paisible, entouré de sa petite famille et certains amis avec qui il aime partager la simplicité de la vie, exactement comme en avait rêvé M’Zee, le Père fondateur [de la dynastie] ?

Son peuple le laissera-t-il partir comme ça, dans la fleur de l’âge, au pic de l’expérience et le sommet de la puissance et de la gloire ? Qui accepte, comme ça, l’orphelinat avec une telle candeur ? Comment il fera face à de telles interrogations me tourmente déjà.»

Tout récemment, Zoe Kabila, le jeune frère de Joseph, a dit ouvertement au monde que les Kabilas ne sont « pas prêts à abandonner le pouvoir à quiconque » (RD Congo : Zoé Kabila, de l’ombre à la lumière ? Jeune Afrique). Il a poursuivi en affirmant que, selon la vision de leur père, ils étaient «ceux qui allaient reconstruire la RDC ».

La tenue des élections présidentielles en RDC a été comme une épine dans le pied aussi bien pour le père que pour le fils. Comme son père Laurent, qui avait une fois promis les élections et n’avait jamais tenu sa promesse, Joseph Kabila semble avoir choisi de renier le serment qu’il a prêté lors de son investiture et de ne pas respecter la Constitution de la RDC. Sa détermination à s’accrocher au pouvoir, même aux dépens et au mépris de cette démocratie encore naissante et de conséquences désastreuses qui en résulteraient, profiterait plus à lui-même qu’aux 80 millions de Congolais.

Une de conséquences désastreuses a été observée au mois de septembre dernier lorsque la Commission Électorale Indépendante (CENI) a failli de convoquer l’électorat pour les élections présidentielles conformément à la constitution. Presqu’au même moment, le gouvernement et un groupe de partis d’opposition se préparaient à valider un calendrier électoral, qui aurait étendu le règne de Kabila au-delà du 19 décembre 2016.

Le peuple est descendu dans la rue pour défendre la Constitution contre la litanie de justifications aléatoires de Joseph Kabila pour se pérenniser au pouvoir. Les protestations et les troubles qui s’en sont suivis, ont causé plus de 53 morts dans la capitale Kinshasa, depuis le 19 septembre2016.

A ce moment précis de son histoire, le peuple congolais ne voit son salut qu’à travers la constitution et le changement politique selon les règles établies dans la constitution.

La position des Nations Unies (ONU)

Les Nations Unies ont noté avec une profonde préoccupation la volonté apparente du Président Joseph Kabila de s’accrocher au pouvoir et ont adopté, le 30 mars 2016, la résolution 2277, qui a renouvelé non seulement le mandat de la MONUSCO, mais aussi en se disant « profondément préoccupé par le renforcement des restrictions de l’espace politique en RDC ». Malgré les complexités logistiques liées à la tenue des élections crédibles en temps opportun dans le pays, le Conseil a souligné « l’importance cruciale » de la tenue des élections présidentielles et législatives en novembre 2016, conformément à la constitution. Le Conseil estime que, « un dialogue inclusif et crédible entre les parties prenantes congolaises est le seul moyen réaliste de désamorcer les tensions politiques, surmonter l’impasse électorale et prévenir la violence. »

En outre, le Conseil de sécurité sollicite instamment l’appui international et régional, y compris le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (ICGRL), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et l’Union africaine (UA), pour des initiatives visant à promouvoir un dialogue des parties prenantes nationales ; la restauration de la paix et de la sécurité. Il encourage également le Gouvernement de la RDC à assurer la continuité de la coopération étroite avec ces et d’autres parties.

L’Afrique du Sud est dans la meilleure position pour intervenir en RDC

Conformément à la recommandation du Conseil de sécurité des Nations Unies pour une coopération étroite avec les membres de l’UA et la SADC, il est important de noter que l’Afrique du Sud a déjà été impliquée dans la médiation des problèmes dans la RDC depuis de nombreuses années, à commencer par le Président Nelson Mandela lorsqu’il a facilité les discussions entre le Président du Zaïre Mobutu Sese Seko et le chef rebelle Laurent Kabila en 1997 ; plus tard, il s’est engagé dans une autre mission de médiation, au cours de la même année, entre le Président autoproclamé de la RDC, Laurent Kabila et le légendaire leader de l’opposition, Etienne Tshisekedi. L’Afrique du Sud a de nouveau été au centre des pourparlers de médiation en 2002 entre les différents belligérants impliqués dans la guerre en RDC, sous le président Thabo Mbeki.

L’Afrique du Sud a accueilli le « Dialogue Inter-Congolais » qui a conduit à la fin de la « Première Guerre Mondiale d’Afrique » par la signature de l’Accord de paix Global et Inclusif de Pretoria (l’Accord de paix de Pretoria), à la rédaction de la nouvelle constitution et la tenue des premières élections générales démocratiques en RDC, en 2006.

Le 14 février 2004, l’Afrique du Sud a signé avec la RDC l’Accord de coopération pour renforcer les domaines politique, économique et technique entre les deux pays. L’Afrique du Sud a rejoint 10 autres pays africains ainsi que l’ONU, l’UA, l’ICGRL et la SADC, en signant l’Accord Cadre de paix, sécurité et coopération pour la RDC, le 24 février 2013.

Préoccupé par l’instabilité croissante sur le continent, l’Afrique du Sud, par le discours du Président Jacob Zuma, lors de la 24ième Assemblée générale des chefs d’État et de Gouvernement de l’UA en 2015, a exprimé ses préoccupations en ce qui concerne la tendance des amendements constitutionnels en Afrique et a souligné la nécessité pour l’UA d’améliorer sa diplomatie préventive:

« L’Afrique du Sud reste ferme dans son opposition aux changements anticonstitutionnels de gouvernements sur le continent et souhaite mettre en garde contre ce que nous considérons comme une tendance inquiétante des amendements constitutionnels visant à étendre les mandats des chefs d’États et de Gouvernements en poste, [tendance] qui a conduit à un certain nombre des tensions sur le continent. »

« Nous croyons qu’il est également nécessaire de déployer des efforts supplémentaires afin d’améliorer la diplomatie préventive de l’Union Africaine et sa capacité à traduire rapidement les informations d’alerte précoce en actions [appropriées] afin d’éviter qu’une crise ne dégénère. »

« Nous sommes convaincus que ces crises peuvent être évitées si nous démontrons la volonté politique. »

En outre, dans le même discours, le président Jacob Zuma a souligné « la nécessité de créer un environnement propice à la paix de se développer dans les pays comme la République démocratique du Congo – qui a connu des décennies d’exploitation illégale de ses ressources naturelles – par l’appui au développement économique. »

L’Afrique du Sud s’est toujours distinguée de pays africains en intervenant et en facilitant la résolution des conflits en RDC. Elle a toujours été attentive à l’évolution politique au Congo, au cours des années ; et a fait partie de la solution là où il existait des désaccords. En outre, l’Afrique du Sud et la RDC ont ensemble mené un certain nombre de projets de coopération dans les domaines de la politique et de la gouvernance, de la défense et de la sécurité, de l’économie, des finances et de l’infrastructure, ainsi que des affaires sociales et humanitaires pour renforcer leur coopération.

Sur le front économique, le commerce bilatéral a été à la hausse depuis 2006. L’Afrique du Sud est le fournisseur le plus important de biens et services étrangers, fournissant plus de 20 % du total des importations de la RDC. Un certain nombre de sociétés sud-africaines sont installées en RDC ; les plus remarquables étant G4 Securicor, African Explosive Ltd, Standard Bank RDC, Group Five, Vodacom, Anglo-Gold Ashanti et South African Airways.

Pourquoi l’intervention de l’Afrique du Sud est-elle nécessaire ?

L’Afrique du Sud est la première économie d’Afrique et la plus grande sur le continent en termes d’infrastructures. Les plus grandes menaces externes à son économie se situent dans la perspective de l’augmentation des risques pour la sécurité nationale et l’exposition accrue aux conflits régionaux et les migrations de réfugiés et les personnes sans emploi, venant de nombreuses régions du continent africain en Afrique du Sud.

Par conséquent, la présence de contingents militaires de l’Afrique du Sud en RDC est, selon le ministre de la défense de l’Afrique du Sud, Nosiviwe Mapisa-Nqakula (Comme l’a rapporté le Sunday Independent du 7 août 2016), dans l’unique intention de « …..neutraliser les forces négatives. Aussi longtemps que les forces négatives continueraient à déstabiliser la partie orientale de la RDC, nous continuerons à avoir un afflux de réfugiés venant en Afrique du Sud ».

Avec Joseph Kabila qui retarde l’élection présidentielle, les tensions ont déjà atteint le point d’ébullition, ce qui indique l’imminence d’une explosion de violence en RDC. En dépit de ses problèmes intérieurs économiques et sociaux accablants, L’Afrique du Sud devrait alors s’occuper des personnes qui vont inévitablement fuir la violence pour se refugier ici, puisque le pays est considéré par beaucoup de personnes sur le continent africain comme « ….une lueur d’espoir dans un monde tourmenté et sombre » (Desmond Tutu).

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Les réalisations diplomatiques qui ont contribué à la paix et la réforme constitutionnelle en RDC, un pays politiquement bouleversé, ont conféré à L’Afrique du Sud une responsabilité historique pour défendre des initiatives qui visent à prévenir les pires calamités par la mise en place de la démocratie constitutionnelle en RDC (et la région).

L’un des éléments cruciaux de la vision constitutionnelle de la RDC était de réaliser une rupture décisive avec un pouvoir présidentiel tout-puissant et indispensable, synonyme de l’impitoyable dictature de Mobutu. Les 32 ans que la majorité des Congolais ont souffert à la suite d’une exploitation systématique de leurs ressources naturelles et la violation des droits humains, au cours du régime autocratique de Mobutu, ont renforcé l’idée de l’adoption d’une démocratie constitutionnelle fondée sur la limite de mandats à deux termes comme l’un de ses principaux piliers, dans une démocratie encore très jeune et fragile. Pour que cette jeune démocratie survive et murisse, la limite à deux termes de mandats présidentiels doit être scrupuleusement et religieusement observée. Ce faisant, le président a l’obligation de veiller à l’alternance politique à travers l’organisation des élections quand son mandat arrive à expiration. Cela permettrait également d’assurer la réussite de la rupture avec le régime autocratique ainsi qu’avec sa mauvaise gouvernance qui ont ruiné l’économie de la RDC, depuis des années.

Les actions de Joseph Kabila s’apparentent à l’éradication de la jeune démocratie au Congo. Permettre que la RDC replonge dans le despotisme pourrait entraîner des conséquences fatales, qui risquent de faire tout effondrer dans l’ensemble de toute la région.

Après tout, l’Afrique du Sud considère la RDC comme un partenaire stratégique sur le continent africain, comme en témoigne son engagement continu dans les activités politiques et économiques de la RDC, en temps de crise comme en temps de paix. L’Afrique du Sud a fait des interventions diplomatiques beaucoup plus significatives dans les conflits en RDC qui ont produit des résultats positifs durables. Ses efforts de médiation ont entraîné la fin des guerres meurtrières et ouvert la voie à l’élaboration d’une constitution qui a ensuite permis la tenue des premières élections démocratiques en 2006. L’aide de l’Afrique du Sud dans le programme de reconstruction et de mission de maintien de la paix en RDC a apporté des améliorations économiques considérables et de la stabilité dont jouit généralement la RDC après les époques despotiques et souvent chaotiques de Mobutu et de Laurent Kabila. Certes, les peuples d’Afrique du Sud et de la République Démocratique du Congo ne peuvent pas se permettre de voir tous ces efforts s’engloutir, à cause de l’avidité d’un seul individu (Joseph Kabila).

En tant que puissance régionale, l’un des leaders et le seul membre africain du G20, l’Afrique du Sud a ici l’occasion de gagner le respect du monde en usant de son influence en RDC pour exhorter le Président Joseph Kabila à respecter les principes édictés dans la constitution de la RDC. Une telle action permettrait d’assurer la viabilité de la démocratie en RDC tout en mettant un frein à la tendance corrosive qu’ont les dirigeants dans les régions de l’Afrique centrale et orientale de faire des modifications constitutionnelles.

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Laisser le peuple congolais décider de son propre avenir

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Dominique Kitambala Luwi

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