Le Congo peut-t-il être qualifié d’“enfer de droits humains”?

Lors de la réunion informelle, qui s’est tenue le 12 février 2018, au Conseil de Sécurité de l’ONU, des préoccupations ont été exprimées au sujet de la violence et des violations des droits de l’homme, suite aux affrontements meurtriers entre le gouvernement et les manifestants au Congo. Le Congo était représenté, à cette réunion, par le ministre des Affaires étrangères, She Okitundu et le président de la Commission électorale indépendante, Corneille Nangaa. L’ambassadrice des Etats-Unis, Nikki Haley, a déclaré que « le recours excessif à la force contre des civils, qui veulent simplement avoir leur mot à dire sur leur avenir, va à l’encontre de tout ce que l’ONU est censée défendre »[1]

En réponse à ces allégations, She Okitundu a protesté en disant que son pays était dépeint injustement comme « un enfer des droits de l’homme » et a fait valoir que son pays relevait le défi « comme beaucoup d’autres grandes démocraties, d’équilibrer le besoin d’ordre public et de sécurité publique, dans le respect des libertés individuelles. »

Un jeune garçon saute à travers un trou alors que d'autres regardent à travers le mur d'une cellule de la prison de Muzenze à Goma

Un jeune garçon saute à travers un trou alors que d’autres regardent à travers le mur d’une cellule de la prison de Muzenze à Goma

 

Les déclarations d’Okitundu sont malheureuses, d’autant plus qu’elles sont trompeuses et, dans une certaine mesures, espiègles. Compte tenu des violations barbares et sans fin des droits de l’homme qui prévalent dans le pays, le Congo équivaut, en effet, à un enfer des droits de l’homme plutôt qu’une grande démocratie, comme Okitundu essaie de le décrire.

Contrairement à d’autres démocraties constitutionnelles dans le monde, Joseph Kabila n’a pas respecté la constitution et n’a pas mis en œuvre l’accord politique négocié par la CENCO (Conférence nationale des évêques), le 31 décembre 2016 (Accord de la Saint Sylvestre). L’accord demandait notamment que Kabila nomme un Premier ministre de l’opposition, assouplisse l’espace politique, libère les prisonniers politiques, ouvre les stations de radio et de télévision de l’opposition, et garantisse la liberté d’expression et de réunion pour assurer des élections pacifiques. De plus, dans le cadre dudit accord, Kabila a failli d’organiser des élections crédibles et à transférer le pouvoir le 31 décembre 2017.

Par conséquent, le 31 décembre 2017 et le 21 janvier 2018, l’Église catholique a organisé des protestations pacifiques pour réclamer la pleine mise en œuvre de l’Accord de la St Sylvestre. En réponse, les forces de sécurité de Joseph Kabila ont terrorisé des manifestants pacifiques, notamment à Kinshasa, où elles ont encerclé des églises, gazéet battu des fidèles, volé leur argent et leurs téléphones portables et tiré à balles réelles sur des fidèles en fuite. Ils sont allés jusqu’à déshabiller et arrêter des prêtres.[2][3]

Les manifestations pacifiques organisées par le Comité de coordination des laïcs catholiques, le 25 février 2018, ont subi le même sort. La sécurité de Kabila a dispersé des manifestants et tiré à balles réelles qui ont tué au moins deux personnes, une à Kinshasa et une autre à Mbandaka. En plus des morts, le chef de la mission des Nations Unies au Congo, Leila Zerrougui, a déclaré que 47 personnes avaient été blessées et que plus de 100 avaient été arrêtées, à travers le pays. [4]

Fosse commune (capture d'écran de France 24 TV) suite à une manifestation en janvier 2015 contre la tentative de Kabila d'amender la Constitution. Plus de 400 corps ont été enterrés le 19 mars 2015 sur ce site de Maluku, à 100 kilomètres de Kinshasa.

Fosse commune (capture d’écran de France 24 TV) suite à une manifestation en janvier 2015 contre la tentative de Kabila d’amender la Constitution. Plus de 400 corps ont été enterrés le 19 mars 2015 sur ce site de Maluku, à 100 kilomètres de Kinshasa.

 

Au regard d’un tel recours excessif à la force et à la profanation des Eglises, She Okitundu peut difficilement convaincre le monde que le comportement des forces de sécurité était dicté par le souci de préserver la loi et l’ordre, la sécurité publique et le respect des libertés individuelles comme cela se fait dans de nombreuses autres grandes démocraties. Sous une véritable démocratie, les forces de sécurité encadrent des manifestants pacifiques, elles ne les terrorisent et ne les tuent pas.

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[1] US, France urge Kabila to publicly bow out of DR Congo vote, http://www.digitaljournal.com/news/world/us-france-urge-kabila-to-publicly-bow-out-of-dr-congo-vote/article/514694#ixzz57qZ1rVkG

 

[2]UN Security Council Should Act on Congo,https://www.hrw.org/news/2018/02/12/un-security-council-should-act-congo

 

[3] Répression en RDC: la Cenco déplore le «bilan macabre», http://www.rfi.fr/afrique/20180123-repression-rdc-cenco-deplore-le-bilan-macabre

 

[4] At least two killed in crackdown on march against Congo’s Kabila, https://www.reuters.com/article/us-congo-protests/at-least-two-killed-in-crackdown-on-march-against-congos-kabila-idUSKCN1G90DI

 

Dominique Kitambala Luwi

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